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Le Minervois, c’est ce charmant pays viticole situé entre Carcassonne et Béziers, qui a reçu son nom de l’antique castel de Minerve qui s’élève sur ses montagnes calcinées, couvertes de pierres dressés en des temps immémoriaux. Ici, la roche affleure partout, une pierre blanche dont on a jadis fait un blanc manteau d’Eglises. C’est à la découverte de quelques-uns de ces chefs-d’œuvre romans, en forme de balade, que je vous convie aujourd’hui.
Caunes-Minervois, l’église des quatre martyrs.
A tout seigneur tout honneur, commençons par évoquer brièvement l’abbaye de Caunes-Minervois, la plus importante de ce pays, mais sans nous y attarder du fait de sa célébrité.
Elle fut fondée par Anianus, un compagnon de Benoît d’Aniane en 790, sous le vocable de saint Pierre et saint Paul. Comme partout, les abbés durent défendre leurs possessions contre la cupidité de seigneurs locaux, et acquirent des reliques pour attirer les pèlerins. En 982 sont mentionnés pour la première fois les martyrs de Caunes : Armand, Luce, Audalde et Alexandre. Leurs reliques sont encore l’objet de processions de nos jours.
Lors de l’épisode cathare, Caunes est un centre de la reconquête catholique dans un pays gagné au catharisme. L’abbé reçoit les représentants du pape ; en 1227, Pierre Isarn, l’évêque cathare du Carcassès, y est brûlé. Au XVIIe siècle, alors que l’abbaye menace ruine, au propre comme au figuré, d’importants travaux sont engagés par l’abbé Jean d’Alibert, qui fait reconstruire le logis abbatial. L’ordre est alors affilié à l’abbaye de saint-Maur. De nouveaux travaux, et une application plus rigoureuse de la règle monastiques vers 1696. L’église de l’abbaye est remarquable par son chevet (XI-XIIe siècle), avec ses jolies absidioles.
Saint-Jean de Citou : du roman au baroque.
En effet, cette église est l’héritière d’un monastère carolingien mentionné dans une charte de 791. Il est probable qu’Anianus, le fondateur de l’abbaye de Caunes, vécut ici en ermite avant de fonder par la suite ce grand monastère. L’église a gardé de l’époque romane son abside et sa nef unique, couverte par une charpente d’époque romane !
Au XVIIe siècle, on remania l’Eglise en ajoutant une nef et une nouvelle porte, sur laquelle on peut lire la date de 1659. C’est à ce moment-là sans doute qu’on réalisa dans l’abside un beau décor peint (photo ci-dessus), qui représente, sur fond de trompe-l’œil architecturaux chers à l’art baroque, des personnages de saints barbus avec des angelots et autres feuilles d'acanthe.
Saint-Germain de Cesseras : le premier art roman.
L’église fut sans doute bâtie en deux temps, comme en témoigne le changement d’appareil visible au niveau du gouttereau sud (moellons plus grands et plus soigneusement débités). On est ici dans les débuts de l’art roman. Deux fenêtres, simples meurtrières, relèvent de la tradition pré-romane. Une troisième fenêtre, au contraire, est construire avec un large ébrasement extérieur et un arc « à double rondeau » d’inspiration lombarde. Au Nord, au niveau de l’ancien cimetière, on peut voir l’ancienne « porte des morts ». Ce qui frappe, de l’extérieur, c’est la polychromie des pierres. L’arc des fenêtres est souligné par un galon de basalte, que l’on appelle parfois « sourcil de Charlemagne ». L’intérieur a une voûte en berceau brisé.
Rieux-Minervois et la géométrie sacrée.
Rieux-Minervois nous donne l’exemple étonnant d’un édifice roman construit autour de la symbolique du nombre 7, qui se retrouve dans les 7 côtés de l’église et la coupole à 7 arcades. Comment ne pas voir là un reflet des 7 piliers de la Sagesse (Proverbes, IX, 1). La Sagesse divine était en effet au Moyen-âge parfois identifiée avec la Vierge Marie, comme le rappelle Marcel Durliat.
On pourrait aussi évoquer les 7 dons de l’Esprit saint, les quatre vertus théologales et quatre vertus cardinales, ou la quaternité des éléments additionnée à la Trinité de Dieu, etc. De toute façon, le symbolisme médiéval est coutumier de plusieurs niveau de lecture (littéral, allégorique, anagogique, tropologique), et les chiffres comme les autres symboles signifient sans doute à plusieurs niveaux.
L'élément frappant de cette église dédiée à la Vierge est un chapiteau représentant l’assomption de la Vierge, œuvre du fameux maître de Cabestany. La vierge, figurant dans une mandorle géométrique portée par des anges aux postures acrobatiques, apparaît dans une posture hiératique et pleine de majesté : ce n’est déjà plus la villageoise de Nazareth, c’est le symbole éternel de la sainteté.
Saint-Etienne de Tersan.
Cette église oubliée est située sur le domaine de Vaissière, dans la commune d’Azille. Son chevet est très intéressante. L’abside centrale, avec son décor de colonnes et de châpiteaux
soigné ainsi que son oculus, semble dater d’une époque postérieure aux deux petites absidioles, de construction plus grossières (appareil en galets de rivière) et qui, quant à elles,
remontent sans doute à une période préromane.
On y trouve des chapiteaux sculptés semblables à ceux de Rieux, et qu’il faut peut-être mettre au compte de l’atelier du maître de Cabestany.
Enfin…
Beaucoup d’autres églises romanes et autres se trouvent sur les chemins du
Minervois. Le pèlerinage de Notre-Dame du Cros, l’église romane d’Escales, la chapelle carolingienne de Notre-Dame de la Lauze, l’Eglise des Cent Veuves aux Centeilles nous tendent les bras… A
bientôt donc sur ce blog pour finir la visite.
Sources.
Equipe "Minervois Diapré", Guide Minervois Roman.
Marcel Durliat, "L'église de Rieux-minervois", congrès archéologique des pays de l'Aude, 1973.
Les photos NB de Caunes-Minervois et de Rieux sont issues de la base Mémoire du Ministère de la culture. Lien ici.
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