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...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

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"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 09:24

Un tableau de l'église du Verdier (Tarn) nous présente un saint assez énigmatique...  

 

IMGP4553

 

Il s'agit d'un moine drapé de blanc. Il tient un ostensoir de la main gauche, une sorte de corne de la main droite. Il n'y aurait là que rien de très banal, si les deux lèves du personnage n'était scellées par un cadenas, et laissaient tomber sur son scapulaire, comme autant de perles de rubis, de minuscules gouttes de sang...  

 

raymond-nonnat-le-verdier.JPG 

 

 Voilà le genre d'image étrange qui ne me laisse jamais indifférent. Quel saint pouvait bien se dissimuler derrière cette version sanglante d'Harpocrate ? Plusieurs indices nous mettent sur la voie. D'abord, le peintre a inscrit le nom du personnage : Raymond. Ensuite, il a placé à ses pieds le chapeau rouge des cardinaux. Après consultation de quelques ouvrages et sites spécialisés, j'ai pu déterminer l'identité de ce saint... Il s'agit de Raymond Nonnat, cardinal et membre de l'ordre des Mercédaires, dont la vie semble effectivement, dès son début, parsemée d'événements sanglants. 

 

Où Raymond le non-né voit le jour dans une mer de sang...

 

Première chose étonnante chez Raymond, il n'est pas né, comme l'indique son surnom (non-nat en catalan), c'est-à-dire qu'il est venu au monde par césarienne (enfin, ce qui peut en tenir lieu dans un monde où la chirurgie est balbutiante...). Selon un récit de sa vie publié à Séville en 1626, sa mère tomba malade au septième mois de sa grossesse, puis mourut. L'enfant allait-il suivre sa mère dans l'autre monde ? Après divers atermoiements, il fut sauvé par un Cavalier intrépide, qui sut pratiquer une obstétrique aussi sanglante qu'efficace.

 

"[...] rompiendo con un punal un lado de el corpo difunto, abrio puerta para que saliesse al mundo la dichosa criatura. A penas pues se dio el golpe, quando por la misma herida, saco braços y cabeça un hermosisimo nino [...]  "[Le Cavalier] entaillant avec son poignard un flanc du corps privé de vie, ouvrit une porte pour que sorte au monde l'infortunée créature. A peine avait-il frappé, que de la blessure un très bel enfant fit sortit ses bras et sa tête..."

 

Une scène digne du Caravage de la Mort de la Vierge et de Judith décapitant Holopherne...

 

Raymond trouve sa vocation

 

L'enfant est né à Portell vers 1200 dans une famille noble de Catalogne, qui avait du sang des familles de Foix, de Sarroi et de Cardona. Son père essaie vainement de combattre son penchant pour les lettres mais, très précoce, le "non-né" devient rapidement expert en droit et en théologie, si bien que ses hagiographes espagnols du XVIIe siècle parlaient à son propos de "ciencia infusa"... Le père de Raymond ne l'entend décidément pas de cette oreille, et l'envoie paître des brebis pour l'éloigner de ses études. C'est dans cette solitude que le jeune homme prend la décision de rejoindre le rang des Mercédaires, ordre nouvellement fondé par un languedocien expatrié en Espagne, Pierre Nolasque. Les hagiographes disent que ce fut à la suite d'une apparition de la Vierge. Pendant que Raymond priait, dit la belle et naïve légende, un ange gardait ses moutons...

 

raymond-nonnat.JPG

 

Où Raymond reçoit le cadenas 

 

Refusant donc le statut social enviable que lui assurait sa parenté avec les Cardona, Raymond entra dans cet ordre dont le but était la libération des prisonniers capturés par les pirates barbaresques d'Afrique du Nord.  Les religieux versaient une rançon ou bien, s'ils étaient désargentés, offraient de prendre eux-mêmes la place des captifs. Ainsi, s'étant constitué volontairement prisonnier, Raymond s'attira les foudres d'un roi local qui trouva un expédient pratique pour lui clouer le bec.

 

"...le hizo taladrar los labios con una almarada de azero encendido, mesclando roxa sangre a la blanca leche de su doctrina. Y luego mando que se pusiesen en ellos un candado de peso grandissimo" "[le roi maure] lui fit perforer les lèvres avec aiguille d'acier incandescent, mêlant le rouge du sang au blanc lait de sa doctrine. Puis, il ordonna que l'on mît dans ses lèvres un cadenas très lourd..."

 

On n'enlevait le cadenas au prisonnier que pour manger et boire, le plus rarement possible, selon la légende. Selon l'hagiographie de 1626, Raymond ne se taisant toujours pas, malgré son encombrante prothèse, le tyranneau fait coudre ses lèvres avec des aiguilles. Finalement, une rançon est versée par saint Pierre Nolasque, et notre infortuné prédicateur peut enfin regagner l'Europe.

 

Fin de la vie de Raymond

 

Sa renommé se propageant comme traînée de poudre, Raymond est nommé cardinal par le pape Grégoire IX. On lui attribue divers miracles de son vivant, comme celui d'avoir ramené à la vie une femme poignardée. A sa mort, en l'absence d'un prêtre, la légende rapporte que ce fut le Christ lui-même qui lui porta l'eucharistie, ce qui explique sans doute la présence de l'ostensoir sur le tableau.

 

Les raisons d'un culte ?

 

Apparemment, on attribuait à l'intercession de Raymond le pouvoir de sauver les bébés. On cite en exemple le cas de la duchesse de Médine, revenue "miraculeusement" à la vie, trois jours après sa naissance. C'est peut-être la raison de la popularité de son culte, à une époque où la mortalité infantile était fort élevée. Raymond semble en effet avoir été une sorte de saint patron des femmes enceintes et de l'enfant qu'elles portent, ainsi que des sages-femmes. Il est célébré le 31 août.

 

Bref...

 

Derrière les événements fabuleux d'une légende pieuse, que nous avons exposé ici pour expliquer l'iconographie et évoquer la piété d'autrefois, il y a une réalité, l'importance de l'ordre des Mercédaires qui assistaient et rachetaient les esclaves enlevés par les barbaresques sur les côtes ou les navires français. Prochainement d'ailleurs, nous consacrerons un article à  la vie étonnante des renégats, ces prisonniers devenus pirates barbaresques, et dont certains étaient languedociens... Il y a sans doute là un chapitre important des relations entre Chrétienté et Islam.

 

Annexe : Le tableau dans son ensemble

 

IMGP4552.JPG

 

Le portrait de R. Nonnat n'est que le détail d'une Crucifixion. Comme le reste du mobilier de l'église Saint-Pierre du Verdier, elle semble remonter au XVIIe ou au XVIIIe siècle. le tableau est actuellement en piteux état. La toile a souffert de l'humidité, elle ne tient plus au bas de son chassis. Une restauration serait souhaitable, en raison de sa bonne facture. Outre Raymond Nonnat, on voit sur cette crucifixion, Marie, Saint Jean, Saint Blaise, protecteur des animaux.

 

 Liens et sources

Le Mas saintes-Puelles, village natal du fandateur des mercédaires, saint Pierre Nolasque (un de mes vieux articles...)

Vida, muerte y milagros de San Ramon Nonnat, Séville, Juan de Cabrera, 1626. Sur le site de l'Université de Séville

Notice de Dom Guéranger, Année liturgique (1841-1844), site de l'abbaye Saint Benoît de Port-Valais (Suisse)

Biographie sur Missel.fr

Article de Wikipédia

Reconnaître les saints (éditions Massin). 

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 17:48

L'Eglise de Saint-Aventin est un des joyaux de l'art Pyrénéen, dont nous avons parlé dans un premier article. Mais il ne faut pas oublier que toutes ces Eglises furent construites pour rendre hommage à des saints, organiser leur culte en pélerinage. On disait également qu'elles avaient été construites dans des lieux où le saint avait passé sa vie.

Dans la vallée du Larboust, deux édifices ont trait à Saint-Aventin et à sa légende : une petite chapelle sur la route de Luchon, et la grande Eglise du village de Saint-Aventin. Ces lieux faisaient jadis l'objet d'un pèlerinage et sont encore de nos jours, fréquentés par de pieux visiteurs... 

Revenons sur la légende et les lieux qui lui sont associés. 

La légende de Saint-Aventin. 

Jadis, les habitants du Pays de Luchon étaient païens. Une femme souffrait les douleurs de l'accouchement depuis plusieurs heures, sans pouvoir être délivrée... Une servante raconta que l'eau bénite des chrétiens faisait des miracles. On en envoya chercher, et effectivement, dès que la parturiente en fut touchée, elle fut délivrée instantanément, et le petit Aventin naquit. 

Une fois adulte, son zèle de prédicateur fut mal vu des Maures qui occupaient la régions. Ceux-ci le firent enfermer dans le château de Saint-Blancat, près de Luchon. Mais Aventin sauta sans mal du haut du sommet de la tour... Là où il atterrit, son pied s'imprima dans la pierre.

Un autre épisode met Aventin en lien avec le roi des animaux Pyrénéens. Un ours de la montagne, fou de rage,s 'était jeté sur le saint. Celui-ci retira de sa patte une épine, ce qui creva l'abscès. De ce moment, l'ours devint docile et suivit partout son sauveur.

Les Maures finirent par s'impatienter pour de bon, et décapitèrent Aventin en l'an 800. Il prit sa tête coupée entre les mains, descendit la vallée d'Oueil, remonta la vallée du Larboust. Là, il alla s'enterrer lui-même sous la pierre où s'était gravé jadis son pied, lorsqu'il avait sauté de la tour.

Trois siècles passèrent, et nul ne se souvenait de l'emplacement du tombeau d'Aventin. 

Jusqu'à ce que l'emplacement de celui-ci soit connu, grâce à un boeuf qui venait s'agenouiller. On tenta d'en extraire le corps, mais un essaim d'abeilles le protégeait. il ne fallut rien moins qu'une lettre du Pape pour leur ordonner de partir ! 

On put alors transporter le corps d'Aventin, jusqu'à un lieu où les boeufs s'arrêtèrent et où on édifia l'Eglise qui porte son nom. 

La chapelle de Saint-Aventin (photo ci-contre). 

Elle est édifiée sur la route de Luchon, à l'entrée de la vallée du Larboust. Elle s'élève sur le lieu où la légende place le premier tombeau de Saint-Aventin, et l'endroit où il "atterrit" après avoir sauté de la tour. C'est une sorte d'oratoire, édifice de dimension modestes. Il a été réédifié à une date indéterminée, mais sans doute pas très ancienne, ainsi que nous apprend une inscription: 

CHAPELLE

RECONSTRUITE

PAR LA CHARITE DES FIDELES EN L'HONNEUR DE  ST AVENTIN, SUR LE LIEU OU SON CORPS FUT DECOUVERT, TROIS SIECLES APRES SON MARTYRE QUI EUT LIEU EN L'AN 800.

Le texte est surmontée de la représentation du saint céphalophore...  La peinture est frappante de réalisme naïf, elle m'a beaucoup impressionné.


 A l'intérieur de la chapelle est conservé le rocher où Saint-Aventin aurait imprimé son pied, en sautant du haut de la tour. Comme je n'ai pas pu entrer pour vérifier si la pierre y était toujours, je vous montre le dessin qu'en a fait Pertuzé...


L'Eglise de Saint-Aventin.

Elle est édifiée, selon la légende, au lieu où les boeufs qui tiraient le char de Saint-Aventin se seraient arrêtés. L'Eglise, édifiée à l'époque romane, est très importante pour un petit village. Elle a trois nefs, presque trente mètres de long, ce qui a conduit les historiens à penser qu'il y avait jadis en ces lieux un pèlerinage.


Ce qui est sûr, c'est que les reliques de Saint-Aventin faisaient l'objet d'un culte. La preuve en est le somptueux buste reliquaire du saint, qui a été conservé à ce jour. C'est un travail toulousain de la Renaissance (daté 1525), qui a subi diverses péripéties, puisqu'il fut maquillé de plâtre durant la Révolution. Peut-être pour le protéger ? Les sources que j'ai consultées n'en disaient pas plus.


Saint Aventin, avant nettoyage et après...


Le buste est surmonté d'une auréole, plus précisément un soleil portant le monogramme IHS.

Un saint à l'Ours ?

Dernier élément, la légende de Saint-Aventin rapporte qu'il eut comme animal de compagnie un ours. ceci le rapproche de tant d'autres saints pyrénéens, comme pare exemple saint Valier en Couserans.

Dans toutes ces légendes, l'animal sauvage est domestiqué par le saint qui en fait une bête de somme, ou une sorte d'animal de compagnie avant la lettre. Ainsi, dans la légende de Valier, le saint apprivoise le plantigrade après qu'il a dévoré son âne. L'âne de Valier était un cadeau de saint Martin, et on dit que depuis l'animal prit le nom de l'évêque de Tours...  

L'ours, vieux symbole païen de force et de fécondité, faisait-il ainsi son entrée dans le giron de l'Eglise ? On sait par les travaux de Michel Pastoureau que l'ours était jadis le roi des animaux, et que ce fut une entreprise de tout le Moyen-âge pour réduire son prestige, notamment au profit du lion.

Bref...

Etrangeté, merveilleux et naïveté d'une légende... Beauté des vestiges de sanctuaires... Attachement d'un pays à sa mémoire. Il y a tout cela dans la légende de Saint Aventin, et dans les lieux qui lui sont consacrés.


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